Texte de Caroline Ronsin (mai 2011)
Carte de Laura Margueritte

La décision de l’ONU d’autoriser le recours à la force pour protéger les civils libyens montre combien l’ami d’hier, Kadhafi, est rapidement redevenu l’ennemi d’avant-hier. Depuis sa prise de pouvoir en 1969, il est à l’origine d’une politique étrangère controversée, marquée par un anti-occidentalisme prononcé.

Activisme diplomatique et économique de la Libye (© Areion/Capri)

Influencé par le panarabisme, ­Kadhafi cherche dès son arrivée au pouvoir à asseoir sa légitimité en cherchant des alliés dans le monde arabe. Il multiplie les tentatives d’union notamment avec l’Égypte, la Syrie et le Soudan, qui se soldent toutes par des échecs, conduisant à la détérioration des relations de la Libye avec les autres pays arabes. Le colonel ­Kadhafi lance donc en parallèle une diplomatie interventionniste en Afrique. Outre le soutien à des régimes amis comme celui d’Idi Amin Dada en Ouganda, il tente une union avec le Tchad qui se solde par une intervention militaire en 1981. La politique régionale du pouvoir libyen consiste donc en de multiples tentatives d’alliances, mises à mal par la marginalisation progressive du pays sur la scène internationale. Violemment ­anti-occidental, le colonel ­Kadhafi soutient en effet de nombreux groupes armés, notamment palestiniens, avant de s’engager directement dans des opérations terroristes. Le saccage de l’ambassade américaine à Tripoli en 1979 marque le début d’une politique de confrontation avec la première puissance mondiale. Il est suivi d’un attentat dans une discothèque berlinoise fréquentée par des militaires américains en 1986, qui entraîne le bombardement de Tripoli et Benghazi. Bien que Kadhafi ait failli y laisser la vie, il encourage l’attentat de Lockerbie contre un avion de la Pan Am en 1988 (270 morts) et contre le vol 772 UTA, l’année suivante (170 morts). Face au refus du régime libyen d’admettre sa responsabilité dans ces attentats, le Conseil de sécurité de l’ONU vote en 1992 un embargo contre la Libye sur la vente d’armes et le trafic aérien, étendu l’année suivante aux avoirs financiers.
Acculé par sa marginalisation, qui ne touche toutefois pas ses exportations de pétrole, le régime choisit à partir de 1998 de livrer les suspects des attentats de Lockerbie, puis en 2003 de reconnaître sa responsabilité. Les sanctions internationales sont alors levées. Mais c’est la décision de Kadhafi, inquiété par l’invasion américaine de l’Irak en 2003, de mettre un terme à son programme nucléaire, pourtant au cœur de sa politique de puissance depuis les années 1990, qui permet de réhabiliter le régime. Il devient alors un allié central des États-Unis dans la guerre contre le terrorisme, et de l’Union européenne, grâce à sa politique volontariste de contrôle des frontières. La Libye, invitée par de nombreux ennemis d’hier, signe d’importants contrats de coopération économique.
Or, après plus de dix ans d’efforts pour une réintégration dans la communauté internationale, la répression violente à l’égard des manifestants dans l’est du pays depuis février 2011 semble avoir sonné le glas du régime de ­Kadhafi.

Article extrait de CARTO n° 5, Mai-Juin 2011