Atouts économiques et enjeux géopolitiques du Vietnam (© Areion/Capri)

Texte de Caroline Ronsin (mai 2011)
Carte de Laura Margueritte

Au moment où le Vietnam subit les répercussions de la crise économique mondiale, le Parti communiste vietnamien (PCVN), lors de son XIe congrès qui s’est tenu du 12 au 19 janvier 2011, a renouvelé son comité central et son bureau politique, au sein duquel est nommé le triumvirat qui dirige le pays.

Le consensuel Nguyen Phu Trong, ancien président de l’Assemblée nationale, a été nommé au poste de secrétaire général du parti. Le Premier ministre, Nguyen Tan Dung, a été reconduit en mai 2011 pour les cinq prochaines années, tandis que son rival politique, Truong Tan Sang, a été nommé président de la République. L’Assemblée nationale a quant à elle été élue le 22 mai 2011. Ces renouvellements reflètent les équilibres régionaux du Vietnam. Depuis 2006 et la montée en puissance du Sud du pays, ces postes sont attribués à deux représentants originaires de cette région et un du Nord, écartant de fait le centre du pays. Une configuration répétée par le congrès de 2011 puisque le secrétaire général du PCVN est « nordiste » et les Premier ministre et président de la République pressentis « sudistes ». Les évolutions au sommet de l’État n’impliquent cependant pas de changement majeur dans la politique du Vietnam, dans la mesure où le partage du pouvoir met en avant les bénéficiaires du développement économique orchestré par le régime.

Le Doï Moï, la politique du  « renouveau »
La libéralisation économique entamée en 1986 avec la réforme du Doï Moï (« renouveau ») met au crédit du PCVN le développement rapide d’un pays ruiné par des années de guerre et de mauvaise gestion. En suivant le mouvement d’ouverture lancé par la Chine dans les années 1970, la croissance vietnamienne se maintient autour de 7,5 % en moyenne depuis une décennie : le PIB par habitant (en dollars constants) a crû de 226 % entre 1984 et 2008. Les succès économiques du Vietnam et l’attrait que celui-ci exerce sur les investisseurs étrangers, notamment des pays de la Triade, de Chine et des nouveaux États industrialisés d’Asie, lui valent d’être considéré comme une puissance en devenir, un nouveau « dragon asiatique », à l’instar de la Corée du Sud ou de Hong Kong, et suscitent l’enthousiasme de la Banque mondiale et du FMI (Fonds monétaire international). Le pays rejoint en janvier 2007 l’OMC (Organisation mondiale du commerce).
Fort de ces évolutions, le régime maintient son contrôle sur la société vietnamienne, dans une logique proche de celle de la Chine : la poursuite de la croissance en échange de la paix sociale. Les mois précédant le congrès du Parti communiste vietnamien sont ainsi l’occasion de réaffirmer son autorité en pratiquant une répression systématique à l’égard de la dissidence. Celle-ci, bien que limitée, s’appuie sur une blogosphère active qui est au cœur des mouvements de protestation contre certaines politiques gouvernementales. La signature d’un contrat d’exploitation de la bauxite avec la Chine, par exemple, a suscité l’ire d’une partie de la société civile, dénonçant à la fois le danger écologique représenté par les mines à ciel ouvert et un geste considéré comme une concession faite à l’ennemi historique chinois.

La Chine, adversaire ou partenaire ?
Le sentiment antichinois reste en effet très fort trente ans après le conflit sanglant qui a suivi l’invasion du Vietnam par la Chine en février 1979, jusqu’à son retrait le mois suivant. Le dernier litige frontalier terrestre entre les deux pays a été réglé en 2008 et le golfe du Tonkin est devenu en 2000 une zone commune de pêche. Le contentieux sur les îles Paracel et l’archipel Spratly (revendiqué par les six pays riverains de la mer de Chine méridionale) continue toutefois de peser sur les relations bilatérales. La méfiance de la société vietnamienne à l’égard du grand voisin et la crainte de l’arrivée de travailleurs chinois sont néanmoins minorées par le régime qui privilégie une politique de rapprochement et de coopération économique. Le projet chinois d’extraction de la bauxite, évalué à 15 milliards de dollars d’investissements, permettrait au pays, qui dispose de la troisième réserve au monde, de devenir l’un des principaux producteurs en diversifiant une économie principalement fondée sur la production agricole (riz et café) et le secteur manufacturier (textiles).
Cependant, la crise économique mondiale de 2008 a mis en évidence certaines faiblesses de l’économie vietnamienne et des signes d’essoufflement qui ont forcé le Premier ministre à lutter au sein du PCVN pour assurer sa reconduction. D’abord, le déficit commercial du Vietnam atteignait 17,5 milliards de dollars en 2008, son inflation 23 %. À la corruption de certains membres du parti se sont ajoutés ensuite d’inquiétants échecs économiques, notamment la quasi-faillite du constructeur naval Vinashin. La dette de cette entreprise d’État s’élevait à 4,4 milliards de dollars en 2009. Enfin, le manque de main-d’œuvre qualifiée a commencé à sérieusement peser sur la compétitivité du pays. Si la situation s’est rétablie dès la fin 2009, la monnaie vietnamienne, le dong, ne suscite toujours pas la confiance et a été dévaluée à trois reprises en 2010. Les défis à relever pour faire du Vietnam une économie industrielle d’ici à 2020 sont considérables, tant en matière de formation que de modernisation de l’administration et des infrastructures.

Article extrait de CARTO n° 4, Mars-Avril 2011