Texte de Marguerite Desmichelle et Frank Tétart (mars 2011)
Carte de Laura Margueritte

Troisième État de l’ex-bloc communiste à avoir pris les rênes de la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne depuis l’élargissement de 2004, la Hongrie doit faire face à la crise économique et financière qui a fortement touché l’Union et aux critiques particulièrement virulentes émises par plusieurs États membres contre sa loi sur les médias, jugée liberticide par ses détracteurs.

La Hongrie au carrefour de l’Europe centrale (© Areion/Capri)

S’inscrivant dans la continuité des objectifs déterminés en concertation avec l’Espagne et la Belgique qui l’ont précédée à ce poste durant l’année 2010, le programme de la Hongrie pour l’Union européenne (UE) durant le premier semestre 2011 est ambitieux. L’élargissement en est la principale priorité. Budapest tient en effet à mettre à profit sa place centrale au sein de l’UE pour se positionner comme tête de pont vers l’Europe balkanique et faire ainsi avancer le processus d’adhésion de la Croatie, sans oublier d’appuyer les candidatures serbe, macédonienne et monténégrine. Elle soutient en même temps l’élargissement de l’espace Schengen à la Roumanie et à la Bulgarie. Toujours en direction de l’est du continent, la Hongrie compte également développer le partenariat oriental avec les États du Caucase (l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Moldavie), l’Ukraine et, sous conditions, la Biélorussie, et lancer la stratégie pour la région du Danube. Enfin, dans le but de lutter efficacement contre la crise économique, la Hongrie a décidé de se concentrer sur la révision du traité de Lisbonne et ainsi permettre l’instauration d’un système de surveillance économique performant. Budapest devra donc boucler au plus vite le budget pour 2011 afin de pérenniser le mécanisme de stabilisation économique. Parmi ses autres objectifs, le pays défend une diversification des ressources énergétiques et une interconnexion des réseaux européens en vue de sortir de la seule dépendance à l’égard de la Russie.

Des enjeux multiples
Les défis à relever ne sont donc pas des moindres, d’autant que le gouvernement conservateur et nationaliste de Viktor Orban (Parti Fidesz), au pouvoir depuis mai 2010, doit convaincre ses partenaires de l’UE de son engagement européen. La nouvelle loi sur les médias, promulguée par le Parlement hongrois le 1er janvier 2011, a suscité de vives critiques à Bruxelles et chez ­plusieurs États membres, poussant Budapest à la modifier. L’entrée en vigueur, également début 2011, de l’amendement à la loi sur la nationalité hongroise soulève l’inquiétude à ­Bruxelles, qui craint les tensions qu’il pourrait susciter dans la région. Dès son adoption au Parlement en mai 2010, cette loi, qui facilite l’obtention d’un passeport hongrois pour quelque 2,5 millions de Magyares vivant dans les pays voisins, a provoqué l’ire de la Slovaquie, dont 9,7 % de la population est d’origine magyare. Cependant, cette dernière n’est pas la seule concernée puisque la Roumanie et la Serbie comptent respectivement 1,4 million de ressortissants (6,7 % de la population roumaine) et 355 000 habitants (soit 4,8 % de la population serbe) d’origine hongroise, sans même évoquer l’Ukraine, la Croatie et la Slovénie qui abritent de plus petites minorités. Par cette mesure, le gouvernement de Viktor Orban a souhaité réparer les effets du traité de Trianon de 1920, ressenti comme une injustice par de nombreux Hongrois, et satisfaire ainsi une vieille revendication des courants nationalistes. Ce traité, qui a conduit au démembrement de l’Empire austro-hongrois, a amputé le pays de plus des deux tiers de son territoire, dont la Transylvanie et l’actuelle Slovaquie, et placé près de trois millions de Magyars hors des frontières du nouvel État.
Après huit ans de gouvernement socialiste, l’arrivée au pouvoir du Fidesz, ancré à droite, entraîne donc de multiples bouleversements sur la scène politique hongroise. Frappée de plein fouet par la crise économique qui aurait mené le pays à la banqueroute en 2008 sans un prêt d’urgence de 20 milliards d’euros du Fonds monétaire international (FMI) et de l’Union européenne, la situation économique demeure délicate. Le précédent gouvernement a multiplié les mesures d’austérité (taxe sur les banques) dans le but de relancer la croissance, que les nouveaux dirigeants tiennent à poursuivre, notamment par la mise en place d’impôts exceptionnels pour les grandes entreprises. La Hongrie cherche ainsi à maintenir son déficit public à 3,8 % du PIB en espérant atteindre les 3 % en 2011. D’autant qu’elle est confrontée à un autre défi de taille : le chômage qui refuse de passer sous la barre des 11 %.
Néanmoins, après que la hausse de la consommation et des exportations a permis au pays d’engranger un excédent commercial sur les trois premiers trimestres de 2010, le nouveau gouvernement table désormais sur un objectif de croissance de 3 % pour 2011. Mais selon les agences de notation, les mesures d’austérité qui ont notamment conduit à l’interruption des négociations avec le FMI pourraient peser sur la croissance économique.

Article extrait de CARTO n° 4, Mars-Avril 2011