Gérard Chaliand et Jean-Pierre Rageau
Arthaud, Paris, 2010, 428 p.

C’est à une géohistoire des empires que nous invitent Gérard Chaliand et Jean-Pierre Rageau, les inventeurs des atlas « stratégiques » à la fin des années 1980. Une approche innovante puisqu’une telle entreprise n’avait jamais été effectuée, et surtout éclairante pour saisir le monde actuel en train de se refaçonner.
L’Égypte, l’Iran, la Chine, la Turquie et d’autres États exercent en effet, à travers le temps, des logiques géopolitiques qui sont retracées dans cet ouvrage et permettent de dégager des constantes, largement bouleversées par les explorations maritimes et les mutations industrielles et technologiques. Ainsi, il est saisissant de voir que la Chine qui, vers 1800, produisait près de 30 % des richesses mondiales, ne cherche au fond de nos jours qu’à regagner un statut qui fut plus ou moins le sien durant deux millénaires.
Organisé en trois parties, ce livre richement illustré de cartes (y compris anciennes) rappelle la quasi-prédominance des empires asiatiques (première partie) avant la période coloniale européenne (deuxième partie) et l’émergence de nouvelles puissances aujourd’hui (troisième partie) qui sont les héritières d’une longue histoire, tels la Chine, la Turquie, l’Iran, la Russie, l’Inde. Le seul bémol est peut-être, pour l’œil aiguisé du cartographe, le manque d’unité des cartes, certaines ayant été reprises des précédents atlas des deux auteurs. Ce léger défaut n’enlève toutefois rien au contenu des cartes présentées qui donnent le « dessous des cartes » des grands empires mondiaux, replaçant sur un temps long l’actualité et les enjeux de notre monde.