Pascal Boniface et Hubert Védrine
Armand Colin/Fayard, Paris, 2010, 144 p.

Après leur collaboration pour l’Atlas des crises et des conflits, Hubert Védrine et Pascal Boniface s’associent de nouveau pour cette édition, revue et augmentée, de leur Atlas du monde global, édité la première fois en 2008. Respectivement ancien ministre des Affaires étrangères (1997-2002) et directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), les deux auteurs proposent un véritable « tour du monde en 80 cartes » afin de fournir les clefs de décryptage de la complexité du monde global, tout cela avec le souci d’éviter la saturation d’informations. Le résultat final apparaît réussi et l’engagement pédagogique respecté – cependant, l’absence de bibliographie et de sources, en particulier pour les cartes et graphiques, est dommageable.
L’atlas se découpe en quatre grandes parties. La première est consacrée aux événements historiques dont les conséquences se font toujours sentir, de l’éclatement des empires à l’échec du tiers-monde en passant par la guerre froide. Justement, depuis la chute de l’URSS, il n’existe pas d’interprétation unanime de l’état du monde. Aussi, dans la deuxième partie, les auteurs ont-ils choisi de présenter chacune des interprétations existantes : thèse de la « communauté internationale », du « clash des civilisations », du « monde unipolaire » ou « multipolaire », avec cependant un certain parti pris. La troisième partie de l’ouvrage, quant à elle, est l’occasion de passer en revue plusieurs données globales pertinentes pour l’analyse géopolitique – démographie, langues, religions, migrations, inégalités, criminalités, ressources naturelles, etc.
Enfin, la dernière partie, la plus longue de l’atlas, s’inscrit dans une démarche visant à sortir du prisme « occidental » à travers une série de cartes représentant « Le monde vu par… » d’autres puisque malgré l’interdépendance, chacun a sa propre vision du monde. Les auteurs ne se sont pas cantonnés aux seules entités étatiques – grandes (États-Unis, Chine, Brésil, Australie, Inde, Russie…) ou petites (Allemagne, France, Israël, Pologne, Corée, Sénégal…) –, mais se sont aussi attachés à figurer les représentations du monde des Européens, des islamistes, des Arabes comme des Africains. Cet effort d’empathie cher à Robert McNamara, secrétaire d’État américain à la défense de 1961 à 1968, est à saluer, dans la mesure où il permet de mieux saisir les comportements de chaque acteur de la scène mondiale.