Texte de Julien Arnoult (décembre 2010)
Cartes de Laura Margueritte

Bien que les huit objectifs du millénaire pour le développement semblent dans leur ensemble hors de portée d’ici à 2015, de réels progrès, malgré de fortes disparités régionales, ont pu être constatés lors du sommet d’étape organisé par l’ONU à New York, du 20 au 22 septembre 2010. Ce sommet a permis de récolter 40 milliards de dollars de promesse d’aide afin de remplir ces objectifs.

Assurer un progrès économique et social en fonction des huit objectifs du millénaire (ODM) est une tâche ardue car les buts fixés sont très ambitieux. En effet, ils ont été arrêtés en 2000 avec 2015 pour
échéance, ce qui laissait originellement quinze années d’action. Or les objectifs ont été établis avec l’année 1990 comme référence, soit le début d’une décennie déjà écoulée…

Des avancées certaines
Néanmoins, certains progrès pourraient être qualifiés de « réussite », étant à un stade très avancé. Ainsi, la réduction de moitié de la pauvreté (objectif 1) est sur le bon chemin. En Asie de l’Est, qui rassemble une population de près de 2 milliards d’habitants, le taux de pauvreté extrême (revenus inférieurs à 1,25 dollar américain en parité de pouvoir d’achat par jour et par personne) est passé en quinze ans de 55 % à 17 %. À un niveau comparable à 58 % en 1990, l’Afrique subsaharienne recule, mais plus difficilement, à 50 % en 2005, avec un taux extrême de 81,7 % pour le Liberia en 2007.
D’autres objectifs restant hors d’atteinte ont tout de même enregistré des améliorations significatives, voire historiques. Ainsi, le taux d’achèvement de l’enseignement primaire (objectif 2) a progressé presque partout. C’est dans le sous-continent indien, peuplé de 1,5 milliard de personnes, que l’amélioration est la plus notable, passant de 62 % à 80 %. À l’inverse, l’Afrique sahélienne enregistre globalement un taux inférieur à 50 %.
L’égalité dans l’enseignement entre filles et garçons (objectif 3) a, dans l’ensemble, également progressé de près de 20 points au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (96 %) ainsi qu’en Asie du Sud (89 %). Elle est la plus faible, de façon relative, dans les pays du Sahel (64 % pour le Tchad) et au Pakistan (78 %).
L’objectif d’une aide publique au développement (APD) à 0,7 % du PIB mondial (objectif 8) a longtemps constitué l’Arlésienne des relations internationales. En dépit aujourd’hui d’un taux encore bas, à 0,3 % du PIB, l’APD nette a fait un véritable bond en avant. D’un montant de 49,5 milliards de dollars en 2000, année marquée par un recul, elle a augmenté en 2008 au niveau historique de 128,6 milliards, soit une hausse de 160 %. Les premiers récipiendaires de l’APD en 2008 sont de très loin l’Irak et l’Afghanistan.

De nombreuses ombres au tableau
Les ombres au tableau sont tout aussi nombreuses, certains ODM constituant un véritable échec. La malnutrition infantile devant être réduite de moitié (objectif 1) touche encore fortement le sous-continent indien (41 %) et l’Afrique subsaharienne (27 %), contribuant à la mortalité infantile (objectif 4). Planifiée pour être réduite de deux tiers, cette dernière n’a réalisé qu’un tiers du chemin. Le taux de mortalité infantile est en baisse, passant de 91,9 ‰ en 1990 à 61 ‰ en 2009. Cependant, 81 pays sont toujours en dessous de l’objectif fixé à 31 ‰, soit le niveau de l’Iran et de la Jamaïque. Hormis l’Afghanistan, c’est l’Afrique subsaharienne qui paye le plus lourd tribut, où le Tchad, en bas du tableau avec un taux de 209 ‰, a même vu sa situation empirer légèrement. L’égalité des sexes face à l’emploi (objectif 3) n’est pas en reste, d’autant plus que de nombreuses données manquent, en particulier dans la région du Sahel et en Chine populaire. Le sous-continent indien et la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord sont les zones les plus inégales, à l’instar du Yémen où uniquement 7 % des femmes ont un emploi non agricole.
Le ratio de décès maternels à la suite d’une grossesse est en constante baisse depuis 1990, passant de 400 à 260 sur 100 000 naissances vivantes en 2008. Il devait être réduit de trois quarts (objectif 5), soit au niveau 100. Si en 1990, 49 pays étaient au-dessus de la moyenne mondiale, ils sont autant en 2008, et même 69 au-dessous de l’ODM.
Concernant les maladies, et en particulier le sida, le but est de l’enrayer après avoir stoppé sa propagation (objectif 6). Or il n’a qu’à peine reculé entre 2000 et 2007, passant de 0,9 % à 0,8 % de la population mondiale, et a augmenté par rapport à 1990, où il se situait à 0,3 %. Si ce chiffre demeure faible au niveau global, il touche surtout l’Afrique australe. Le Zimbabwe, le pays le plus touché en 2000 avec 27,3 % de sa population, a réduit ce taux à 15,3 %. Il a en revanche légèrement augmenté en Afrique du Sud et demeure stable parmi les pays de la région grâce à un meilleur accès aux traitements. En revanche, en ce qui concerne le paludisme, les signes sont encourageants, le nombre de cas ayant été réduit de 50 % entre 2000 et 2008.
La réduction de moitié de la population sans accès à un point d’eau fiable, qui entre dans la volonté de créer un environnement durable (objectif 7), demeure aussi un vœu pieux. Bien que l’accès à l’eau atteigne 87 % dans l’ensemble de l’Asie et qu’il ait progressé en Afrique subsaharienne, 40 % de la population de cette dernière n’y a pas accès, soit près de 330 millions de personnes.
Les ODM étant non contraignants, les progrès ont été significatifs dans les États où les gouvernements ont fait preuve de détermination en investissant dans le secteur social et qui connaissent une forte croissance économique. L’Asie, avec 6,6 % de croissance en 2009, semble donc ancrée sur le chemin du développement. Avec une croissance atone à 2,1 %, l’Afrique subsaharienne aura encore du mal à suivre la même évolution.

Article extrait de CARTO n° 3, Décembre 2010-Janvier 2011