Le monde en cartes
L’espace, nouvel enjeu pour les télécommunications
Texte de Frank Tétart (mars 2011)
Cartes de Laura Margueritte
Avec le développement de la diffusion de la télévision par satellite et l’utilisation exponentielle des téléphones portables et de l’Internet dans le monde, les besoins en satellites de télécommunications se font croissants. Durant la prochaine décennie, 214 satellites commerciaux devraient être mis en orbite, selon les prévisions établies par Euroconsult. Devant ce marché en expansion, la concurrence entre lanceurs devient de plus en plus rude, en particulier pour l’européen Arianespace, numéro un mondial.
Après avoir confirmé sa position de leader mondial des lanceurs en 2010 avec la mise en orbite de 12 des 20 satellites de télécommunications lancés,
Arianespace a pour ambition en 2011 d’effectuer 12 tirs de satellites commerciaux, soit presque la moitié des 25 prévus dans le monde. Pour ce faire, elle compte sur sa nouvelle clientèle asiatique et moyen-orientale (six tirs prévus), ainsi que sur l’entrée en service de toute la gamme de lanceurs européens (Ariane 5, Soyouz et Vega). Cela lui permettra d’envoyer dans l’espace des engins de tous types, tel le vaisseau cargo européen Johannes Kepler, dont l’envol amarré sur Ariane 5 vers la Station spatiale internationale est prévu à Kourou en février 2011 (cf. cartes ci-dessus).
Avec la croissance du nombre de chaînes de télévision distribuées par satellite, qui devraient dépasser les 39 000 d’ici la fin de la décennie 2010, Arianespace va devoir tenir compte de la concurrence avant tout américaine dans les prochaines années. Deux consortiums sont particulièrement actifs dans le secteur spatial : le russo-américain
International Launch Services, qui a décroché six contrats en 2011, ainsi que Sea Launch, au capital américano-ukrainien, qui devrait reprendre ses activités dans le courant de cette année après son dépôt de bilan en 2009. Bien que les pays émergents se pressent sur ce marché porteur, l’Inde et la Chine sont en revanche encore loin d’être des rivaux de taille. La fusée chinoise Longue Marche ne peut en effet transporter que des satellites dits
Itarfree, c’est-à-dire ne contenant pas de composants américains que Washington interdit à la vente vers la Chine depuis 1989. Elle a néanmoins effectué 13 tirs entre octobre 2009 et septembre 2010. En ce qui concerne l’Inde, l’échec du lancement du satellite GSAT4 en avril 2010 pourrait ralentir son développement déjà assez modeste, avec seulement deux mises en orbite en 2009 depuis son centre spatial Satish Dhawan de Sriharikota. De son côté,
la Russie demeure un acteur de premier plan. Sur la période 2005-2009, elle a réalisé 50 des 114 mises en orbite de satellites commerciaux, soit 44 % du total, contre 23 % pour l’Europe et 14 % pour les États-Unis. Toutefois, en matière de revenu, l’Europe a fait beaucoup mieux que ses concurrents au cours des cinq dernières années. En 2009, elle a ainsi engrangé plus d’un milliard de dollars de recettes, contre 742 millions pour la Russie.
Le revers de cette multiplication des acteurs est l’augmentation du nombre d’objets dans l’espace et la profusion de débris d’engins ou de satellites. Environ 35 000 objets d’une taille supérieure à 10 cm, y compris des satellites hors service, et 200 000 d’une taille comprise entre 1 et 10 cm évoluent actuellement en orbite autour de la Terre, sans même évoquer les particules inférieures à 1 cm. Ces débris représentent non seulement une pollution de l’espace, mais aussi une menace pour la sécurité des satellites. Les risques de collision entre satellites et débris ne sont pas rares et engendrent des dommages matériels ainsi que des déchets supplémentaires (cf. cartes ci-dessus). Selon le Centre national d’études spatiales (CNES), des objets d’une taille comprise entre 0,01 et 1 cm se déplaçant à 10 km par heure peuvent perforer une paroi d’aluminium de 4 mm d’épaisseur ; c’est dire les conséquences catastrophiques que provoquerait un objet de plus de 10 cm sur un satellite, pouvant aller jusqu’à sa mise hors service, voire causer une explosion.
Face à cette situation, des mesures de protection (par blindage) pour atténuer les éventuels impacts, de contournement lors des lancements et de prévention, par exemple en changeant l’orbite des déchets spatiaux, sont envisagées. L’élimination des débris au laser ou leur récupération à l’aide de navettes spatiales pour nettoyer l’espace restent des solutions coûteuses et redoutées par les armées, ces dernières craignant qu’elles puissent être détournées à l’encontre de satellites militaires, dont l’usage reste crucial dans leurs stratégies.
Article extrait de CARTO n° 4, Mars-Avril 2011
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