Texte de Nathalie Fustier
(décembre 2010)
Cartes de Laura Margueritte

Premier pays exportateur de pétrole, l’Arabie saoudite est devenue, depuis l’apparition de la rente pétrolière, un acteur significatif de l’aide au développement.

Dans les années 1970, l’aide saoudienne était destinée, d’une part, à accompagner les efforts du pays pour contenir l’expansion du communisme, et de l’autre, à concrétiser de façon tangible ses engagements vis-à-vis des pays arabes et/ou musulmans les plus pauvres. Selon un rapport publié par la Banque mondiale en juin 2010 (1), entre 1973 et 2010, le royaume saoudien figure parmi les plus généreux donateurs de l’aide au développement, y consacrant environ 1,5 % de son produit intérieur brut. La solidarité avec les plus démunis constitue l’une des obligations religieuses de l’islam : le principe du don se concrétise à travers la zakat, l’un des cinq piliers de l’islam. En Arabie saoudite, toutes les catégories de population, même les plus modestes, participent aux campagnes de dons, parfois instiguées par le roi ou par certains membres de la famille royale.
Après les attentats du 11 septembre 2001, l’établissement d’un lien entre financement terroriste et activités humanitaires a eu de profondes répercussions en Arabie saoudite. Plusieurs organisations charitables saoudiennes, dont certaines ont été blanchies depuis, ont été mises en cause, créant un véritable choc au sein de la population qui ne s’était jamais interrogée sur la destination de ses dons. Parallèlement à la mise en place d’un contrôle plus strict des activités des organisations charitables à l’intérieur comme à l’extérieur du royaume, le roi Abdallah s’est efforcé de modifier l’image du pays dans le domaine de l’aide humanitaire d’urgence. Les institutions saoudiennes et autres organismes internationaux dans lesquels l’Arabie dispose d’un poids prépondérant en matière d’aide au développement se sont dotés de départements dédiés et se sont efforcés de nouer plus de partenariats de coopération avec les Nations unies. Une partie des fonds destinés aux Palestiniens a ainsi été affectée par l’intermédiaire de l’ONU. Entre 2000 et 2010, l’aide humanitaire saoudienne déclarée auprès des Nations unies a été en augmentation constante, passant de 11,7 millions de dollars (2000) à 346,8 millions de dollars (2010). En 2008, l’Arabie saoudite figurait au troisième rang des donateurs humanitaires et au dixième rang en 2010. Enfin, le cercle des bénéficiaires de l’aide saoudienne s’est élargi à des populations non musulmanes : soutiens aux victimes du tsunami en Asie (2004), de l’ouragan Katrina (2005), puis versement de 500 millions de dollars au Programme alimentaire mondial (2008). Mais c’est l’aide aux victimes du séisme en Haïti en janvier 2010 qui pourrait marquer une véritable rupture avec les orientations traditionnelles de la politique humanitaire du royaume, jusque-là souvent considérée comme un simple vecteur du prosélytisme wahhabite. En versant une aide de 50 millions de dollars aux Nations unies, l’Arabie saoudite devient ainsi le quatrième plus important contributeur à la campagne en faveur d’Haïti, un pays pourtant non musulman et situé très loin de la zone d’influence traditionnelle de Riyad. Depuis, les autorités saoudiennes, également très impliquées dans le soutien au Pakistan frappé par des inondations en juillet 2010, qualifient régulièrement leur pays de « royaume humanitaire ».
Sous l’impulsion du roi Abdallah, la politique humanitaire saoudienne a contribué à restaurer l’image du royaume sur le plan international en l’associant à un système de solidarité universel et non plus seulement musulman.

Note
(1) « Arab Development Assistance, Four Decades of Cooperation », Banque mondiale, juin 2010.

Article extrait de CARTO n° 3, Décembre 2010-Janvier 2011